Certains livres nous apprennent des choses. D’autres mettent des mots sur une façon de penser que nous portions déjà en nous et nous permettent d’aller beaucoup plus loin.
C’est ce qui m’est arrivé avec la permaculture.
On pense souvent qu’il s’agit de jardinage ou d’une manière écologique de produire de la nourriture. Mais la permaculture est bien plus large. C’est une approche globale permettant de concevoir des systèmes vivants durables, inspirée notamment par l’écologie et la pensée systémique. Une manière d’observer, de comprendre les interactions et de réfléchir avant d’agir.
Ces trois livres racontent aussi, à leur manière, cet élargissement progressif de la permaculture : de l’agriculture à nos modes de vie, jusqu’à l’être humain lui-même.
L’éthique de la permaculture
La permaculture repose sur trois principes éthiques : prendre soin de la Terre, prendre soin des humains et partager équitablement les ressources et les surplus. Cette éthique donne la direction, les principes et les outils de design permettent ensuite de la mettre en œuvre.
Permaculture 1 et 2 : penser avec la nature plutôt que contre elle
J’ai découvert Permaculture 1, de Bill Mollison et David Holmgren, et Permaculture 2, de Bill Mollison, dans les années 2000.
Je participais alors, en tant que bénévole, au chantier du Hameau du Buis, un futur écovillage intergénérationnel. Les livres étaient là, dans la bibliothèque du lieu où nous nous retrouvions.
Cette lecture n’a pas créé chez moi l’envie de penser autrement car je crois bien qu’elle était déjà là ! Et oui, j’ai toujours aimé questionner ce qui paraît évident ou acquis, et essayer de comprendre la complexité du monde. Mais j’ai trouvé dans la permaculture une formidable illustration de cette manière de voir les choses, poussée très loin et même transformée en méthode. C’était fascinant!
Observer avant d’agir. Comprendre les écosystèmes pour travailler avec eux plutôt que contre eux. Utiliser davantage de réflexion et moins d’énergie. Et surtout, ne pas considérer chaque élément isolément mais s’intéresser aux relations entre eux. Une vision complexe et systémique!
Ces deux tomes parlent beaucoup d’agriculture et entrent très loin dans les détails techniques. Mais j’y ai surtout découvert une façon de concevoir les systèmes : le design permaculturel.
À partir de là, la permaculture ne m’a plus vraiment quittée.
Les principes de David Holmgren : élargir le champ
En 2002, David Holmgren publie Permaculture: Principles & Pathways Beyond Sustainability. Il y formalise douze principes qui permettent d’élargir considérablement le champ de la permaculture.
Utiliser des solutions à petite échelle et avec patience, par exemple. Ou utiliser et valoriser la diversité. Mais aussi un principe extrêmement pragmatique : obtenir une production.
Un système durable doit nous apporter quelque chose : de quoi se nourrir, un revenu, du plaisir, des liens, des connaissances… Un système qui consomme continuellement de l’énergie sans rien produire en retour ne durera pas. J’apprécie ce pragmatisme.
Et surtout, ces principes peuvent être utilisés bien au-delà d’un jardin… On peut designer une entreprise, une organisation, un projet collectif ou une façon de travailler…
Je m’en rends compte rétrospectivement : lorsque j’ai créé ma micro-boulangerie en 2017, j’ai fait exactement ce pas de côté. À l’époque, surtout en ville, le modèle était encore atypique. Plutôt que de reproduire ce que devait être, en théorie, une boulangerie, j’ai conçu un système à petite échelle, puis je l’ai testé et fait évoluer. Cette façon d’observer, de comprendre puis d’expérimenter est également au cœur de ce que je transmets aujourd’hui autour du pain au levain.
Permaculture humaine : et s’il fallait commencer par nous-même ?
Permaculture humaine, publié en 2016 par Bernard Alonso et Cécile Guiochon, va encore plus loin : les principes de la permaculture sont appliqués à l’être humain.
Ce livre a pour moi une histoire particulière puisque j’ai ensuite rencontré Bernard Alonso et participé comme assistante à l’un de ses CCP (Cours de Conception en Permaculture) à Lille.
Deux idées du livre m’ont particulièrement marquée.
La première est celle de niche écologique appliquée à l’humain. Nous avons chacun des aptitudes, des talents, des tâches que nous faisons plus naturellement. Chercher sa niche, c’est aussi chercher l’endroit où nous pouvons être véritablement à notre place et apporter quelque chose aux systèmes auxquels nous appartenons.
La seconde est encore plus fondamentale : changer le monde en commençant par soi-même.
Dans le design permaculturel, l’espace est structuré en zones de 0 à 5. La zone 0 est traditionnellement l’habitat et la zone 5 la plus éloignée: la zone sauvage, sans intervention humaine. Bernard Alonso propose d’ajouter la zone 00: c’est nous-mêmes.
Cette idée est à la fois ambitieuse et humble. La permaculture porte en elle un véritable projet de société, mais vouloir transformer le monde sans commencer par regarder comment nous pensons ou vivons, ce que nous faisons et la place que nous occupons serait vain.
Faire un pas de côté
Pour moi, ces trois livres sont bien plus que des livres sur la permaculture. Ils ont nourri et structuré une manière de regarder le monde qui était probablement déjà présente chez moi.
Observer. Comprendre les relations entre les éléments d’un système. Remettre en question ce qui semble aller de soi. Puis faire un pas de côté et se demander : Pourrait-on faire autrement ? Comment penser la complexité?
Et ensuite, concevoir, expérimenter, observer le résultat et recommencer.
C’est peut-être finalement ce que ces trois livres ont le plus changé dans ma vie : ils m’ont donné des principes et des outils pour transformer une intuition — celle qu’il est toujours possible de penser autrement, de façon plus systémique — en une façon très concrète d’agir.
Le défi d’écrire cet article me vient de Olivier Roland et de son site. D’’ailleurs cet article participe à l’événement « Les 3 livres qui ont changé ma vie » du site Des Livres pour changer de vie.
Je vous conseille justement l’article sur le livre de Bernard Alonso et Cécile Guiochon: Permaculture Humaine